Papouk, -cest ainsi que mappelent mes petits-enfants-
Papouk, parle moi de la résistance
me dit Nicolas, le plus jeune dentre eux.
Et bien, lui répondis-je, la résistance est la période
de ma vie -javais vingt ans- où, avec de nombreux Français
jai combattu lenvahisseur nazi qui occupait la France.
Une discussion se développa, puis Nicolas minterrogea:
Et la résistance en Alsace ?
LAlsace, lui dis-je était non seulement occupée,
mais annexée par les nazis.
Alors, un certain nombre dAlsaciens firent de la résistance
sous différentes formes.
Certains payèrent de leur vie leur activité patriotique
et antinazie, comme par exemple mon ami et camarade de classe de Réguisheim
René Birr, qui fut condamné à mort et décapité
à la hache à Stuttgart. Dautres avaient quitté
lAlsace et résistèrent à l intérieur
de la France. Cétait mon cas.
Mais, répartit Nicolas, lAlsace avait déjà
été annexée par lAllemagne à une époque
précédente . Y a-t-il eu une résistance à
ce moment là ?
Excellente question, dis-je. Il est vrai que le terme de résistance,
pour caractériser le combat contre loccupant, date de la
guerre 1940-1945. Mais la résistance en tant que telle est une
attitude qui définit bien ce qui sest passé en Alsace
depuis le 19e siècle.
Ton arrière-arrière grand père -mon grand père-
né Français en 1855, est devenu allemand en 1871, à
un âge comparable au mien au début de loccupation..
Il est vrai quon ne peut pas comparer loccupation allemande
de 1871 à 1918 avec celle de la deuxième guerre mondiale,
car lennemi allemand dalors était devenu lennemi
nazi, fasciste, se livrant à des atrocités monstrueuses..
Cependant, par réflexe patriotique, une partie importante de
la population alsacienne résistait contre la germanisation, sous
des formes diverses. Mais la répression exercée par lAllemagne
impériale nétait en rien comparable avec lhorreur
nazie.
En 1914, ton arrière grand père -mon papa- avait vingt
ans. Il fut incorporé dans larmée allemande, comme
tous les Alsaciens en âge militaire.
La résistance des Alsaciens se manifestait surtout sous forme
de résistance passive. . En réaction à lattitude
des Alsaciens enrôlés dans larmée allemande,
ceux-ci furent presquexclusivement envoyés sur le front
russe et jamais en face de larmée française. Cest
ainsi que mon papa passa quatre ans à Baranovice en Ukraine.
Pendant la période 1918-1940 où lAlsace était
redevenue française, on ne parla , bien sûr, pas de résistance.
Mais la résistance nest-elle pas devenue une composante
nécessaire du comportement du citoyen, de lhomme libre
? Voilà, nest-il pas vrai-, une notion quil faut
développer, populariser, en face des énormes tentatives
de subjugation des forces attentatoires à la liberté et
à la dignité humaine ?
Nicolas écoutait attentivement mes paroles, et je vis que mes
réponses avaient provoqué de profondes réflexions
dans sa tête.
Raymond Olff
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