Temoignage de Raymond Olff
au Colloque du 19-20/11/2004
sur la résistance des Alsaciens

 

J'ai appartenu à ce qui a été appelé " la Résistance Intérieure", de 1942 à la libération en 1945.

Après avoir quitté l'Alsace avec ma famille d'origine juive, le 14 Juin 1940 , j'ai résidé en zône occupée jusqu'en mars 1942.

Le 18 Mars 1942, j'ai organisé le passage clandestin de 18 personnes,en partie très agées et malades vers la Suisse, dans des conditions hivernales exceptionellement dures, puis de Suisse vers la zône non-occupée.

Aussitôt après mon arrivée en zone sud, j'ai recherché et trouvé le contact avec la Résistance. Et jusqu'au 6/6/44 j'ai fait partie, sous le matricule 76 297, de la 3e Cie de Ville de l'organisation des Francs Tireurs et Partisans de St-Etienne.
Mon activité consistait à éditer et à distribuer des tracts, à coller des affiches, notamment à recouvrir la fameuse Affiche Rouge, avec les photos des membres du groupe Manouchian, à collecter de l'argent et des tickets d'alimentation, à confectionner de fausses cartes d'identité.

Le 6/6/44, jour du débarquement, j'ai rejoint le maquis à Montfaucon en Hte-Loire, où j'ai été nommé chef de détachement de la Cie 7106 FTP. Par la suite je fus nommé Commissaire aux Effectifs de ma Cie, puis CE de bataillon. En août j'ai fait fonction de CE de la région Ardèche.
Par la suite, j'ai séjourné, avec mon unité, en Ardèche, à Vernoux, à St-Félicien, enfin à Tournon sur le Rhône.

Pour moi la lutte contre l'occupant était la continuation d'une activité militante, à laquelle je m'étais vouée depuis l'âge de 14ans.
En 1936, année du Front Populaire, j'ai milité contre le fascisme. Avec mes camarades des Jeunessesd Socialistes, dont j'étais le secrétaire, et en collaboration étroite avec un jeune militant communiste, René Birr, qui a été exécuté à la hache en 1943, je manifestais en faveur de l'Espagne Républicaine contre Franco, soutenu par Hitler et Mussolini, puis contre l'accord de Munich, qui laissait les mains libres à Hitler.

A Montfaucon, j'ai été chargé de la direction de l'administration locale,à la place du maire pétainiste.
Contre l'ennemi, nous avons mis en place, à chaque issue de la localité, un poste de guêt.
A plusieurs reprises nous avons été attaqués par des détachements ennemis, mais notre système de renseignement fonctionnait à la perfection. Il était assuré par les demoiselles des PTT, qui se téléphonaient de village en village pour nous communiquer les déplacements des patrouilles allemandes.

Au cours de cette période j'ai été chargé d'une mission spéciale à St-Etienne, à la Manufacture d'Armes et Cycles, pour récupérer un stock de mitraillettes, prêt à être expédié. C'est là que j'ai été arrêté par la MILICE, mais j'ai eu la chance d'être relaché, gràce à mon alibi d'étudiant et à l'air naïf, que j'ai sû prendre.

Ayant gagné deux galons, je fus appelé à créer, organiser et diriger un Camp d'Instruction à St Félicien.
J'y ai mis sur pied 3 compagnies, composées en partie de soldats polonais de l'armée Anders.
A Vernoux j'ai crée un hôpital, qui desservait toute la région libérée.

En novembre, j'ai été muté à Lyon, à la caserne de la Part-Dieu et incorporé au 1er Régiment du Rhône .
Début décembre, le Colonel Descour, Commandant d’Armes de Lyon, dont le nom a été cité tout à l'heure par Bernard Metz, m'a nommé "Officier de Liaison, chargé de regrouper les militaires alsaciens de la région lyonnaise, pour les amener sur le front en Alsace".

Je me suis consacré à cette mission, et le 21décembre 1944 j'ai donné le signal du départ à mes compagnons.

Nous occupions 3 wagons, qui nous avaient été réservés par l'armée. Après un voyage de 5 jours et 5 nuits, plein de péripéties,où nous grelottions de froid, nous sommes arrivés à notre destination de Nancy. Là, nous avons été incorporés au Bataillon de Marche 2/10 "Alsace". commandé par un officier de cavalerie .

Notre but, étant de rejoindre la 1ère armée qui se battait le long du Rhin, nous nous sommes mis en route vers Strasbourg. Notre stupéfaction fut grande lorsque nous avons croisé une file ininterrompue de véhicules américains, se déplaçant en sens inverse du nôtre !
C'était le repli américain, devant la contre-offensive von Rundstedt.

En arrivant place de la gare à Strasbourg, mes camarades et moi furent accueillis par des vivats et portés en triomphe.

On sut par la suite que, grâce à l'intervention du général De Gaulle auprès de Churchill, l'Alsace ne fut pas évacuée.

L'épopée de la Résistance se terminait, et une autre étape de ma vie commençait.

 

Raymond Olff

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